Inspiré du film Médecin de campagne

 

Mon métier, je l’ai longtemps rêvé. Pour rien au monde, je ne voudrais en changer. Pour espérer l’exercer, j’ai tout donné. Je dirais même plus : j’ai vraiment bachoté. Je suis un gros bosseur, j’ai toujours été motivé mais croyez- moi, ce n’était pas gagné.

 

Depuis le premier jour, je suis installé là où personne ne veut aller, dans un patelin que je ne nommerai pas. Pour cause : je souhaite garder l’anonymat. Pour remplir ma mission, je cherche souvent des adresses que je ne trouve pas. C’est un peu pénible mais je le fais par choix.

 

Il y a 10 ans, devant témoins, j’ai prêté serment. J’ai juré de porter assistance à tous mes patients. Qu’ils soient riches ou pauvres, noirs ou blancs, je donne à chacun un peu de mon temps. Je prends soin de les écouter, de les conseiller. Vers un confrère spécialiste, je dois parfois les orienter.

 

Je refuse d’être comparé à un robot ou à une machine : je ne les ai jamais expédiés. J’ai le devoir de les informer, voire les alerter. Cela ne m’est pas agréable mais tous doivent être protégés. De ce fait, est-il toujours bon de leur dire toute la vérité ?

 

Je ne suis pas magicien, je ne prétends pas les sauver. En bon professionnel, je fais mon possible pour les soigner ou au moins les soulager. Je sais que je pourrais ne pas y arriver. A la loupe, chacun de leurs dossiers est examiné. Leurs pathologies sont parfois bien difficiles à traiter .

 

J’hésite fréquemment entre plusieurs possibilités, je peux tarder à trancher. Dois-je maintenir mes patients à domicile ou au contraire les faire hospitaliser ? S’ils souffrent trop, si tel est leur souhait, pourquoi pas les euthanasier ? Quoi qu’il en soit, je suis une tombe : leurs secrets sont bien gardés .

 

Mes journées sont la plupart du temps surchargées. Ma ligne téléphonique est souvent saturée. Pour gérer l’urgence, je suis toujours là. En pleine nuit, s’il le faut, je peux sortir de chez moi. Je reste tard au cabinet, je peux parfois dormir là. Un jour, la fatigue aura peut-être raison de moi mais… quand on aime, on ne compte pas !

 

Du matin au soir, j’enchaîne les consultations, il y en a pour tous les goûts. A force de venir me voir ou de me faire déplacer, certains patients me rendent fou. Ils se plaignent de petits bobos, ils en voient partout. Beaucoup me supplient pour avoir des antibiotiques : je ne peux pas toujours céder. Les antibiotiques ne sont pas automatiques, il ne faut pas en abuser.

 

S’ils pensent qu’ils vont y passer, j’ai beaucoup de mal à m’en débarrasser. Ils sont très angoissés ou recherchent simplement un brin de compagnie mais tous me racontent leurs vies. Je leur souris et je tends l’oreille même lorsque je n’en ai pas vraiment envie….

 

Je n’oublie pas non plus ceux qui ne souhaitent pas me rencontrer. Ces gens- là m’ont en horreur mais je promets de ne pas les manger. Je veux seulement les aider. Je suis un médecin dévoué mais aussi un père comblé.

Je le reconnais  mon épouse fait de gros efforts, bien plus que mon aînée de 16 ans qui n’est pas toujours simple à gérer. En effet, Tiphaine me reproche régulièrement de ne pas être là, de la fliquer. Je crains pour sa santé. C’est plus fort que moi : je ne peux pas m’empêcher de la couver. Pourriez- vous, s’il vous plaît tenter de me raisonner ?

 

En ce moment, plus que jamais, je dois rester mobilisé. Je le sais : ce satané virus sera un jour neutralisé1. Mes patients comptent sur moi, ils ont confiance en moi. Quoi que vous disiez, quoi que vous fassiez, je ne les abandonnerai pas !

Médecin

 

 

1Je fais allusion à la COVID 19 qui a plongé le monde entier au cœur d’une crise sanitaire sans égal dés janvier 2020. A l’heure où j’écris ces lignes, bien que la situation semble s’améliorer, le virus n’a pas cessé de circuler.